PROGRAMME : [S'Orienter] – Argumentaire scientifique du projet

PROGRAMME : [S'Orienter]
Circulations et ancrages en Méditerranée orientale : territoires, mémoire, interactions.

Coordinateurs :
- Liliane Kfoury, Chargée de recherche et responsable de l’UIR mémoire (CEMAM/USJ)
- Nicolas Puig, chercheur à l’IRD (URMIS, IRD, Université Paris-Diderot et UNSA), affecté au CEMAM.

(Cliché Houda Kassatly, Logement de migrants à Beyrouth, 2010)

 

À partir des différents terrains d’enquête, situés dans l’un des bassins de migrations le plus importants de la planète, qui est également un lieu travaillé par des dynamiques diasporique très fortes, il s’agit de documenter les formes contemporaines de circulation en Méditerranée orientale, productrices de mondes sociaux diversifiés qui se conjuguent aussi bien à l’échelle intra-urbaine qu’à l’échelle transnationale.

Le programme [S’Orienter] s’insère ainsi au croisement des logiques de circulation et des univers de référence des personnes mobiles. En effet, il convient de prendre en considération la variété des espaces sociaux qui, à différents degrés et à différentes échelles, font repères pour les populations migrantes et exilées en tant que lieux de la rencontre, supports des identités et des appartenances, creusets des mémoires (notamment diasporiques) ou encore armatures des productions culturelles dont les figurations de soi. Partant, l’enquête collective se déploie depuis les sites urbains proche-orientaux et égyptiens à partir desquels l’on observe divers effets sociologiques et anthropologiques des mobilités en situant l’analyse dans une triple perspective : territoriale, mémorielle et interactionnelle.

– L’approche adopte une visée épistémologique particulière : placer l’observation à l’échelle des ajustements individuels, de la définition des projets, de la représentation des parcours et des stratégies déployées dans les pratiques des villes.

La notion d’orientation rend compte de cette visée : « S’orienter » signifie étymologiquement se trouver vers l’est. Il s’agit tout d’abord d’une allusion à la localisation du projet.

Mais il s’agit surtout d’une notion dynamique : s’orienter, c’est à tout moment, en tous lieux, de façon durable ou non, élaborer et/ou actualiser des univers de références qui se rapportent à l’expérience migratoire.

– Le couple conceptuel circulation/ancrage constitue un filtre pertinent pour questionner les circulations en Méditerranée Orientale :

Il fonctionne non pas comme un choix antithétiques opposant un ici et un là-bas, mais comme deux polarités relatives en interrelations qui indiquent les coordonnées de la trajectoire  du migrant.

Nous isolons une triple perspective de recherche : territoriale, mémorielle et interactionnelle.

Territoires : Étude des insertions urbaines, spatiales en général, des différentes formes que prennent les ancrages quand ils sont liés à un établissement, une résidence. Prise en compte également des aspects plus symboliques et référentiels : perceptions de territoires comme fondateur d’une origine, d’une identification, ou encore porteur d’une projection (eldorado occidental, Palestine des réfugiés né après 1948 par exemple).

Nous proposons à une autre échelle de traiter des agencements dans l’espace et le temps que mettent en place les circulations qui, du transit au refuge, de l’expatriation au retour définitif, du réinvestissement symbolique aux visites à échéances régulières,  définissent des modes de présence spécifiques dans les pays de la région.

Mémoire : Identifier les processus référentiels liés aux dynamiques mémorielles. (Re)Constitution d’une mémoire de groupe, d’une mémoire collective en liaison avec les conflits locaux (exode palestinien, guerre du Liban, conflit israélo-arabe, conflit soudanais, etc.) et des migrations à différentes temporalités (circulations des Levantins vers l’Égypte puis au-delà, des Soudanais au Liban, etc.).

Développement de cultures alternatives dans la migration (minorités, cultures de résistances, nouvelles formes d’appartenance, processus de folklorisation et usages contemporain du folklore, nouveaux savoirs numériques et utilisation des nouvelles technologies dans le déplacement).

Pratiques de valorisation des patrimoines matériels et immatériels dans divers cadres dont celui de la promotion communautaire : il s’agit de ce que les individus mettent en avant comme étant leur legs, ce qui leur ai transmit et intégré au service d’une continuité dans le parcours.

Domaine relationnel : Décrire l’univers des rencontre depuis les sociabilités récurrentes jusqu’aux formes d’interactions plus fugaces prenant place dans les espaces publics. Forme de présence, de visibilité ou d’invisibilité des migrants dans la ville, constitutions de familiarité, de regroupement en liaison avec de nouvelles mobilisations religieuses, communautaires etc.

Décrire les formes de la coprésence de populations différentiées au sein de quartiers plus ou moins communautarisés, ou de camps de réfugiés. Ce qui met en jeu des situations de confrontation sur divers points : concurrence victimaire, légitimité à occuper l’espace public, enjeux mémoriels à la suite d’un conflit ou d’une migration, ségrégation et déni de citoyenneté.

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